
Quels sont les 11 groupes biosimilaires substituables en pharmacie en 2026 ?
Depuis l’arrêté du 10 avril 2026, 11 groupes biologiques similaires sont substituables en officine : filgrastim (Neupogen), pegfilgrastim (Neulasta), ranibizumab (Lucentis), adalimumab (Humira), énoxaparine (Lovenox), époétine alfa (Eprex), étanercept (Enbrel), follitropine α (Gonal-F), tériparatide (Forstéo), aflibercept (Eylea 40 mg/ml), et ustékinumab (Stelara).
Depuis l'arrêté du 10 avril 2026, le pharmacien d'officine peut substituer des médicaments biologiques au sein de 11 groupes biosimilaires — contre seulement 3 en 2022. Avec un taux de substitution national de 52,9 % (et un potentiel à 80-90 %), c'est le principal relais de marge pour les officines face à l'érosion des remises sur les génériques. Voici le guide complet : liste des molécules, règles de substitution, conditions spécifiques par groupe, et stratégies pour maximiser l'impact économique.
Qu'est-ce qu'un biosimilaire ?
Un médicament biosimilaire est l'équivalent d'un générique pour les médicaments biologiques — protéines thérapeutiques, anticorps monoclonaux, hormones recombinantes. Contrairement aux génériques classiques (molécules chimiques reproductibles à l'identique), les biosimilaires sont produits par des organismes vivants. Leur structure est « similaire » mais pas strictement identique au bioréférent.
C'est pourquoi la substitution est encadrée par un dispositif spécifique : le pharmacien ne peut substituer qu'au sein d'un groupe biologique similaire inscrit sur une liste fixée par arrêté, et non librement comme pour les génériques. L'ANSM publie la liste de référence des biosimilaires, et un second arrêté détermine lesquels sont effectivement substituables en officine.
Les 11 groupes substituables en officine (avril 2026)
Le répertoire a été élargi en trois étapes successives :
- Avril 2022 : 3 groupes initiaux (filgrastim, pegfilgrastim, ranibizumab)
- Février 2025 : passage à 9 groupes (+6 molécules majeures)
- Décembre 2025 : 10e groupe — aflibercept (Eylea)
- Avril 2026 : 11e groupe — ustékinumab (Stelara)
Tableau complet des groupes substituables
| Molécule (DCI) | Bioréférent | Domaine | Depuis |
|---|---|---|---|
| Filgrastim | Neupogen | Oncologie / Hématologie | 2022 |
| Pegfilgrastim | Neulasta | Oncologie / Hématologie | 2022 |
| Ranibizumab | Lucentis | Ophtalmologie (DMLA) | 2022 |
| Adalimumab | Humira | Rhumatologie / Gastro / Dermato | Fév. 2025 |
| Énoxaparine | Lovenox | Antithrombotique | Fév. 2025 |
| Époétine alfa/zêta | Eprex / Retacrit | Anémie (IRC, chimio) | Fév. 2025 |
| Étanercept | Enbrel | Rhumatologie (anti-TNF) | Fév. 2025 |
| Follitropine α | Gonal-F | Fertilité (PMA) | Fév. 2025 |
| Tériparatide | Forstéo | Ostéoporose | Fév. 2025 |
| Aflibercept | Eylea 40 mg/ml | Ophtalmologie (DMLA) | Déc. 2025 |
| Ustékinumab | Stelara | Dermato / Gastro (Crohn, RCH) | Avr. 2026 |
Ce qui est exclu : les insulines
L'ANSM a explicitement exclu la substitution officinale pour les insulines biosimilaires (asparte, glargine, lispro). Les raisons sont multiples :
- Risque d'hypoglycémie sévère en cas de changement non maîtrisé
- Ajustement posologique fin, propre à chaque patient
- Familiarité du patient avec son dispositif d'injection (stylo)
- Nécessité d'un accompagnement médical rapproché lors d'un switch
Cette exclusion n'est pas définitive mais « à ce stade » — une évolution est possible à moyen terme, probablement avec un cadre renforcé d'accompagnement pharmaceutique.
Règles de substitution : ce que dit la loi
La substitution des biosimilaires est encadrée par l'article L.5125-23-2 du Code de la santé publique et précisée par les arrêtés successifs. Voici les règles applicables en 2026 :
Conditions obligatoires (tous les groupes)
- Même groupe biologique similaire : on ne substitue qu'au sein du groupe inscrit au répertoire
- Information du patient : le pharmacien explique la substitution, les modalités d'administration et de conservation
- Information du prescripteur : notification du nom du médicament effectivement dispensé
- Traçabilité : enregistrement du nom et du numéro de lot dans le dossier patient (exigence de pharmacovigilance liée au risque d'immunogénicité)
- Continuité de dispensation : à chaque renouvellement, le pharmacien dispense le même biosimilaire que lors de la délivrance précédente
- Inscription sur l'ordonnance : le nom du médicament dispensé est mentionné sur l'ordonnance
Conditions spécifiques par molécule
| Molécule | Condition supplémentaire |
|---|---|
| Adalimumab | Même dosage + le volume d'injection ne doit pas augmenter |
| Énoxaparine | Même dosage en substance active |
| Époétine | Même dosage en substance active |
| Étanercept | Même dosage en substance active |
| Follitropine α | Attention à l'adaptation des dispositifs (stylos multidoses/unidoses) |
| Aflibercept | Uniquement dosage 40 mg/ml (le 114,3 mg/ml n'a pas de biosimilaire) |
| Ustékinumab | Vérifier la continuité thérapeutique selon les indications |
La mention « non substituable »
Le médecin peut s'opposer à la substitution en portant sur l'ordonnance une mention « non substituable » qui doit être :
- Expresse : écrite explicitement (pas de case à cocher ou de mention pré-imprimée)
- Justifiée : motivée par la situation médicale du patient (antécédent d'immunogénicité, intolérance à un excipient, dispositif d'injection spécifique…)
En l'absence de cette mention, le pharmacien peut — et a un intérêt économique à — substituer.
Le tiers payant conditionné : le levier de 2026
La LFSS 2026 introduit un mécanisme décisif : le tiers payant conditionné. Concrètement, le patient doit accepter la délivrance d'un biosimilaire pour bénéficier de la dispense d'avance de frais. S'il refuse la substitution (et que le médecin n'a pas inscrit « non substituable »), le patient avance les frais et se fait rembourser ensuite.
Ce mécanisme, déjà rodé pour les génériques, est un accélérateur puissant de la substitution. Il lève la principale objection des patients (« je préfère garder mon médicament habituel ») en créant un incitatif financier immédiat.
Taux de substitution : où en est-on ?
Évolution globale
- Août 2024 : 35,5 %
- Février 2025 : 36,7 %
- Août 2025 : 52,9 %
Soit une progression de +17 points en un an. À titre de comparaison, les génériques sont stables autour de 86 %. La marge de progression des biosimilaires est donc encore considérable — et c'est précisément là que se situe l'opportunité économique.
Par molécule (données disponibles)
- Énoxaparine : +50 points entre février et août 2025 (progression fulgurante)
- Adalimumab (Humira) : +8,7 % depuis février 2025
- Tériparatide (Forstéo) : +5,8 % depuis février 2025
- Ranibizumab (Lucentis) : 13,7 % seulement (progression lente)
- Ustékinumab (Stelara) : 15-20 % de part biosimilaire (en croissance rapide)
Les disparités sont fortes entre molécules. L'énoxaparine a bénéficié d'un effet de volume (médicament très courant en ville), tandis que le ranibizumab progresse lentement car les injections intravitréennes sont souvent réalisées à l'hôpital.
Impact économique pour l'officine
Le mécanisme de marge
La substitution d'un bioréférent par un biosimilaire génère de la marge via :
- La remise commerciale : plafonnée à 15 % du PFHT en 2026 (puis 17,5 % au 1er juillet 2026, et 20 % en 2027)
- La marge dégressive lissée : qui s'applique sur le PFHT du biosimilaire
- L'honoraire de dispensation : identique quel que soit le médicament
La différence cruciale avec les génériques : les biosimilaires ont des PFHT beaucoup plus élevés. Un biosimilaire d'Eylea coûte 244 € TTC. Même à 15 % de remise, cela représente une marge commerciale significative par boîte — bien supérieure à celle d'un générique à 5 €.
Potentiel de marge par molécule
| Molécule | CA bioréférent | Gain marge réseau | Potentiel officine |
|---|---|---|---|
| Ustékinumab (Stelara) | 212,4 M€ | 15-20 M€ | Élevé |
| Aflibercept (Eylea) | ~200 M€ | 10-15 M€ | Modéré* |
| Tocilizumab (Roactemra) | 75,9 M€ | ~3 M€ | Modéré |
| Dénosumab (Prolia) | 63,6 M€ | ~3 M€ | Modéré |
| Adalimumab (Humira) | Marché mature | Stable | Stable |
* Aflibercept : potentiel modéré en officine car les injections intravitréennes sont souvent dispensées via la rétrocession hospitalière.
Pour l'ustékinumab seul, le gain pour le réseau officinal est estimé à 15 à 20 millions d'euros de marge supplémentaire à remise maximale, si le taux de substitution atteint 50 % en 2026. Avec 8 biosimilaires disponibles (Imuldosa, Otulfi, Pyzchiva, Steqeyma, Usrenty, Uzpruvo, Wezenla, Yesintek), la concurrence entre fabricants devrait maintenir des remises attractives.
Guide pratique : réussir la substitution au comptoir
1. Identifier les patients éligibles
Le logiciel métier permet de repérer les patients sous bioréférent substituable. Les profils prioritaires : patients stables sous Humira, Enbrel, Lovenox, ou Stelara avec renouvellements réguliers et sans mention « non substituable ».
2. Préparer l'échange avec le patient
La substitution d'un biosimilaire est plus sensible que celle d'un générique — le patient est souvent sous traitement chronique et attaché à « son » médicament. Les points clés à aborder :
- Le biosimilaire a la même efficacité et sécurité (dossier d'AMM complet avec études cliniques comparatives)
- Il est produit selon les mêmes standards de qualité
- Le dispositif d'injection peut être légèrement différent → montrer le nouveau stylo/seringue
- Rappeler le bénéfice du tiers payant (pas d'avance de frais)
- Rassurer sur la continuité : « une fois choisi, vous garderez le même à chaque fois »
3. Vérifier les conditions spécifiques
- Pas de mention « non substituable » sur l'ordonnance
- Même dosage (adalimumab, énoxaparine, époétine, étanercept)
- Pour l'adalimumab : vérifier que le volume d'injection n'augmente pas
- Pour l'aflibercept : uniquement le dosage 40 mg/ml
4. Tracer correctement
- Enregistrer le nom du biosimilaire dispensé dans le DP et le logiciel
- Enregistrer le numéro de lot (obligation de pharmacovigilance)
- Inscrire le nom sur l'ordonnance
- Informer le prescripteur (automatisé via certains logiciels ou messagerie sécurisée)
5. Assurer la continuité
Au renouvellement suivant, dispenser le même biosimilaire. Si rupture de stock, privilégier un retour au bioréférent plutôt qu'un switch vers un second biosimilaire — le patient ne doit pas changer de médicament à chaque passage.
Gestion des stocks : les particularités
Les biosimilaires ont des contraintes de stockage spécifiques :
- Chaîne du froid : la plupart doivent être conservés entre +2 °C et +8 °C (réfrigérateur pharmaceutique)
- Durée de conservation limitée hors froid : certaines spécialités peuvent être gardées à température ambiante pour une durée limitée (vérifier le RCP)
- Stock ciblé : ne pas stocker tous les biosimilaires d'un groupe — choisir 1 à 2 références et s'y tenir pour assurer la continuité de dispensation
- Péremption : rotation vigilante car les volumes par référence sont plus faibles que pour les génériques
Ce qui va encore changer
Le répertoire des biosimilaires substituables continue de s'élargir :
- 2026-2027 : le dénosumab (Prolia) et le tocilizumab (Roactemra) pourraient rejoindre la liste substituable si leurs biosimilaires atteignent un volume de marché suffisant
- Horizon 2028 : les remises sur biosimilaires seront alignées à 20 % (comme les génériques), renforçant l'attractivité de la substitution à volume égal
- Insulines : l'exclusion est « à ce stade » — une ouverture progressive avec accompagnement pharmaceutique renforcé est probable
- Prescription en DCI : de plus en plus encouragée, elle facilitera la substitution en supprimant l'attachement au nom de marque
En résumé
Avec 11 groupes substituables et un taux national de 52,9 % (contre 86 % pour les génériques), la substitution des biosimilaires est le principal levier de croissance de marge pour l'officine en 2026. Les PFHT élevés signifient que même un taux de remise plus bas (15 %) génère des montants significatifs par boîte. Le tiers payant conditionné va accélérer l'adoption. Et le répertoire continue de s'élargir.
Pour le titulaire, la clé est de systématiser la substitution, former l'équipe à l'échange patient, et gérer le stock avec précision. C'est un effort d'organisation — mais c'est aussi l'une des rares sources de marge en croissance dans un environnement économique sous pression.
Articles liés
Questions fréquentes
Les questions que les pharmaciens nous posent le plus sur ce sujet.
Depuis l'arrêté du 10 avril 2026, 11 groupes biologiques similaires sont substituables en officine : filgrastim (Neupogen), pegfilgrastim (Neulasta), ranibizumab (Lucentis), adalimumab (Humira), énoxaparine (Lovenox), époétine alfa (Eprex), étanercept (Enbrel), follitropine α (Gonal-F), tériparatide (Forstéo), aflibercept (Eylea 40 mg/ml), et ustékinumab (Stelara).
La substitution doit se faire au sein du même groupe biologique similaire, à même dosage (pour adalimumab, énoxaparine, époétine et étanercept). Le pharmacien doit informer le patient et le prescripteur, enregistrer le nom et le numéro de lot, et assurer la continuité de dispensation du même biosimilaire à chaque renouvellement. Le médecin peut s'opposer par une mention "non substituable" justifiée sur l'ordonnance.
Non. L'ANSM a explicitement exclu la substitution officinale pour les insulines (asparte, glargine et lispro) à ce stade. Cette exclusion est liée aux enjeux de sécurité spécifiques aux patients diabétiques (risque d'hypoglycémie, ajustement posologique fin, familiarité avec le dispositif d'injection).
Le taux de substitution des biosimilaires a atteint 52,9 % en août 2025, contre 35,5 % un an plus tôt — une progression de +17 points en un an. À titre de comparaison, le taux de substitution des génériques est stable autour de 86 %. La marge de progression reste importante, surtout sur les molécules récemment ajoutées au répertoire.


