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Entretien professionnel en pharmacie : obligations et préparation

7 min de lecturePersée Pharma
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Titulaire de pharmacie menant un entretien professionnel avec un salarié de l'officine
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L’entretien professionnel est-il obligatoire en pharmacie d’officine ?

Oui, l’article L. 6315-1 du Code du travail impose que chaque salarié bénéficie tous les deux ans d’un entretien professionnel consacré à ses perspectives d’évolution professionnelle. Cette obligation s’applique à toutes les entreprises, y compris les pharmacies d’officine avec un seul salarié.

L'entretien professionnel fait partie de ces obligations que beaucoup de titulaires connaissent vaguement sans jamais les mettre réellement en place. Pourtant, depuis la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, il est obligatoire dans toutes les entreprises, quelle que soit leur taille — y compris les pharmacies d'officine avec un seul salarié. Ne pas le réaliser expose à des sanctions financières concrètes. Voici tout ce que vous devez savoir pour être en conformité et tirer réellement profit de cet exercice.

Ce que dit la loi : l'article L. 6315-1 du Code du travail

L'article L. 6315-1 du Code du travail est sans ambiguïté : chaque salarié doit bénéficier tous les deux ans d'un entretien professionnel avec son employeur, consacré à ses perspectives d'évolution professionnelle, notamment en termes de qualification et d'emploi. Cet entretien ne porte pas sur l'évaluation du travail du salarié (c'est l'entretien annuel d'évaluation, qui est lui facultatif), mais bien sur son parcours professionnel et ses souhaits de formation.

L'entretien professionnel doit être proposé systématiquement au salarié qui reprend son activité après une absence prolongée : congé maternité, congé parental d'éducation, arrêt longue maladie, congé sabbatique, ou encore période de mobilité volontaire sécurisée. Dans ces cas, il doit avoir lieu dès la reprise du poste, indépendamment du cycle biennal.

Le bilan à 6 ans : une échéance critique

Tous les six ans (durée appréciée par référence à l'ancienneté du salarié dans l'entreprise), l'entretien professionnel fait l'objet d'un état des lieux récapitulatif du parcours professionnel du salarié. Ce bilan à 6 ans doit permettre de vérifier que le salarié a bien bénéficié, au cours des six dernières années :

  • Des entretiens professionnels biennaux — au minimum trois entretiens sur la période de six ans
  • D'au moins une action de formation — qu'elle soit interne ou externe, diplômante ou non
  • D'une progression salariale ou professionnelle — il peut s'agir d'une augmentation de salaire, d'un changement de coefficient (consultez la grille de salaires pharmacie 2026), d'une nouvelle responsabilité ou d'un changement de poste

Ce bilan est formalisé par un document écrit dont une copie est remise au salarié. Il ne s'agit pas d'une simple formalité : c'est la preuve que vous avez respecté vos obligations sur la période. En l'absence de ce document, vous êtes en infraction.

Qui est concerné en pharmacie d'officine ?

Absolument tous les salariés de l'officine, sans exception :

  • Pharmaciens adjoints — y compris ceux en temps partiel
  • Préparateurs en pharmacie — titulaires du BP ou du DEUST
  • Étudiants en pharmacie sous contrat de travail (6e année notamment)
  • Apprentis préparateurs — l'obligation s'applique aussi aux contrats d'apprentissage et de professionnalisation
  • Rayonnistes et personnel administratif — tout salarié, quelle que soit sa fonction

Le seul critère est l'existence d'un contrat de travail. Un pharmacien remplaçant intervenant ponctuellement sans contrat de travail n'est pas concerné. En revanche, un CDD de plus de quelques mois entre dans le dispositif.

Comment préparer l'entretien professionnel

Un entretien professionnel bâclé en cinq minutes entre deux clients ne remplit ni l'esprit ni la lettre de la loi. Pour que l'exercice soit utile — et défendable en cas de contrôle —, une préparation minimale s'impose.

Avant l'entretien

Prévoyez un créneau dédié d'au moins 30 à 45 minutes, hors heures d'affluence. Consultez le dossier du salarié : date d'entrée, poste actuel, coefficient, formations suivies depuis le dernier entretien, éventuelles absences longues. Si vous utilisez un outil de suivi des formations, c'est le moment d'en extraire un récapitulatif.

Informez le salarié au moins une semaine à l'avance, en lui précisant l'objet de l'entretien. Remettez-lui éventuellement une trame avec les points qui seront abordés, afin qu'il puisse y réfléchir en amont.

La grille type d'entretien

Il n'existe pas de formulaire légal imposé, mais une grille structurée vous garantit de ne rien oublier. Voici les rubriques essentielles :

  • Bilan de la période écoulée — poste occupé, missions exercées, évolutions constatées depuis le dernier entretien
  • Formations suivies — formations DPC, formations internes, congrès, e-learning. Listez-les précisément avec les dates et les organismes
  • Souhaits d'évolution professionnelle — le salarié envisage-t-il de changer de poste, de prendre des responsabilités, de se spécialiser (orthopédie, MAD, vaccination, entretiens pharmaceutiques) ?
  • Besoins en formation identifiés — formations souhaitées par le salarié, formations identifiées par l'employeur pour accompagner l'évolution du poste ou de l'officine
  • Utilisation du CPF — le salarié a-t-il connaissance de ses droits CPF ? A-t-il des projets de formation mobilisant son compte ?
  • Conseil en évolution professionnelle (CEP) — informez le salarié de l'existence du CEP, dispositif gratuit d'accompagnement. C'est une obligation légale souvent oubliée

Les questions à poser concrètement

Pour alimenter la discussion au-delà de la grille formelle, voici des questions qui font émerger les vrais sujets :

  • "Quelles missions te plaisent le plus dans ton quotidien à l'officine ? Quelles sont celles qui t'intéressent moins ?"
  • "Y a-t-il des compétences que tu aimerais développer — que ce soit sur le comptoir, en back-office ou dans un domaine spécifique ?"
  • "Comment vois-tu ton évolution dans les 2 à 5 prochaines années ? Ici ou ailleurs ?"
  • "As-tu identifié des formations qui t'intéresseraient ? Des thématiques émergentes dans lesquelles tu voudrais te former (vaccination, téléconsultation, TROD) ?"
  • "Y a-t-il des freins à ta formation — horaires, charge de travail, financement ?"

L'enjeu est de créer un vrai dialogue. Le salarié doit sentir que ses aspirations sont prises en compte, même si toutes ne pourront pas être satisfaites immédiatement. C'est aussi l'occasion de détecter un risque de départ : un préparateur qui ne voit aucune perspective d'évolution finira par chercher ailleurs.

Documenter l'entretien : une étape indispensable

L'entretien professionnel doit donner lieu à la rédaction d'un compte rendu écrit, signé par les deux parties. Ce document est votre preuve en cas de contrôle ou de contentieux prud'homal. Il doit mentionner :

  • La date et le lieu de l'entretien
  • L'identité du salarié et de l'employeur (ou de la personne ayant conduit l'entretien)
  • Les points abordés et les réponses du salarié
  • Les actions décidées (formations, évolutions envisagées)
  • La date prévisionnelle du prochain entretien

Conservez ce document dans le dossier du personnel. En cas de litige, c'est la pièce maîtresse. Un salarié qui prétend n'avoir jamais bénéficié d'un entretien sera contredit par un document signé de sa main.

Si le salarié refuse de signer le compte rendu, mentionnez-le sur le document et faites contresigner par un témoin si possible. Le refus du salarié ne vous dispense pas de réaliser l'entretien.

Sanctions en cas de manquement : l'abondement CPF de 3 000 €

C'est la sanction la plus concrète et la plus coûteuse. Dans les entreprises de 50 salariés et plus, si le bilan à 6 ans révèle que le salarié n'a pas bénéficié des entretiens professionnels et d'au moins une formation non obligatoire, l'employeur doit verser unabondement correctif de 3 000 € sur le CPF du salarié.

Pour les pharmacies de moins de 50 salariés — c'est-à-dire l'immense majorité des officines —, la sanction de l'abondement CPF ne s'applique pas automatiquement. Mais attention : cela ne signifie pas que vous êtes à l'abri. En cas de contentieux prud'homal, le défaut d'entretien professionnel sera retenu comme un manquement de l'employeur à son obligation de veiller à l'employabilité du salarié. Les juges peuvent accorder des dommages et intérêts significatifs, notamment si le salarié démontre un préjudice dans son parcours professionnel.

Par ailleurs, l'inspection du travail peut constater le manquement lors d'un contrôle et dresser un procès-verbal. Les pharmacies ne sont pas épargnées par ces contrôles, surtout en cas de signalement d'un salarié mécontent.

L'entretien professionnel et le suivi des formations : un lien direct

L'entretien professionnel est indissociable du suivi des formations. Vous ne pouvez pas faire un bilan sérieux si vous ne savez pas précisément quelles formations chaque salarié a suivies, quand, et pour quel volume horaire. C'est pourquoi un suivi rigoureux des formations est le préalable indispensable à des entretiens professionnels de qualité.

Concrètement, avant chaque entretien, vous devez pouvoir répondre à ces questions :

  • Quelles formations DPC le salarié a-t-il validées sur la période triennale en cours ?
  • A-t-il bénéficié d'au moins une formation non obligatoire depuis le dernier entretien ?
  • Les attestations sont-elles classées et accessibles ?
  • Y a-t-il des formations prévues ou en attente d'inscription ?

Si ces informations sont dispersées entre des classeurs papier, des mails et la mémoire de chacun, l'exercice devient une corvée. Un logiciel centralisant le suivi des formations par salarié permet de préparer l'entretien en quelques minutes, avec un historique complet et fiable.

Bonnes pratiques pour les titulaires

Voici les recommandations que nous adressons aux titulaires qui souhaitent transformer cette obligation en outil de management :

  • Planifiez les entretiens à l'avance — inscrivez-les dans votre planning dès le début de l'année. Deux entretiens par mois suffisent pour une équipe de 10 personnes
  • Séparez entretien professionnel et entretien d'évaluation — la confusion entre les deux est fréquente. L'entretien professionnel porte sur l'avenir et la formation, pas sur la performance passée
  • Impliquez vos pharmaciens adjoints — dans une grande officine, le titulaire peut déléguer la conduite des entretiens à un adjoint. Veillez simplement à ce que le délégataire soit formé à l'exercice
  • Conservez les comptes rendus de manière organisée — dossier papier ou dossier numérique, peu importe, mais un système accessible et pérenne
  • Faites le lien avec le management au quotidien — l'entretien professionnel n'est pas un exercice isolé. Il s'inscrit dans une démarche globale de gestion des compétences et d'attention portée à l'équipe

En résumé

L'entretien professionnel n'est pas une option. Tous les deux ans, chaque salarié de votre officine doit en bénéficier. Tous les six ans, un bilan récapitulatif doit attester du respect de vos obligations. Les sanctions en cas de manquement sont réelles — abondement CPF, dommages et intérêts, risque prud'homal. Mais au-delà de la contrainte légale, c'est un levier de fidélisation et de développement des compétences qu'il serait dommage de négliger. Prenez le temps de le préparer, documentez-le correctement, et appuyez-vous sur un suivi de formations structuré pour en faire un exercice vraiment utile.

Questions fréquentes

Les questions que les pharmaciens nous posent le plus sur ce sujet.

Oui, l'article L. 6315-1 du Code du travail impose que chaque salarié bénéficie tous les deux ans d'un entretien professionnel consacré à ses perspectives d'évolution professionnelle. Cette obligation s'applique à toutes les entreprises, y compris les pharmacies d'officine avec un seul salarié.

Tous les six ans, l'entretien professionnel fait l'objet d'un état des lieux récapitulatif. Ce bilan doit vérifier que le salarié a bénéficié des entretiens biennaux (au minimum trois sur six ans), d'au moins une action de formation, et d'une progression salariale ou professionnelle. Un document écrit doit être remis au salarié.

Tous les salariés sans exception : pharmaciens adjoints, préparateurs en pharmacie, étudiants en pharmacie sous contrat, apprentis préparateurs, rayonnistes et personnel administratif. Le seul critère est l'existence d'un contrat de travail.

Pour les entreprises de 50 salariés et plus, un abondement correctif de 3 000 € sur le CPF du salarié est dû. Pour les officines de moins de 50 salariés, le défaut d'entretien peut entraîner des dommages et intérêts aux prud'hommes et un procès-verbal de l'inspection du travail.

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