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DUERP en pharmacie : document unique d'évaluation des risques professionnels

9 min de lecturePersée Pharma
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Pharmacienne prenant des notes pour le document unique d'évaluation des risques en officine
Pharmacienne prenant des notes pour le document unique d'évaluation des risques en officine

Le DUERP est-il obligatoire en pharmacie d’officine ?

Oui, le DUERP est obligatoire pour toute pharmacie employant au moins un salarié, en application du décret n° 2001-1016 du 5 novembre 2001. L’absence de document unique expose le titulaire à une amende de 1 500 euros par salarié concerné et, en cas d’accident du travail, à la reconnaissance d’une faute inexcusable de l’employeur.

Le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) est une obligation légale pour tout employeur, y compris les titulaires de pharmacie d'officine. Pourtant, bon nombre d'officines ne disposent pas d'un document à jour, voire n'en ont jamais rédigé. Entre les risques chimiques liés aux préparations, les troubles musculo-squelettiques au comptoir et la menace de braquage, la pharmacie cumule des risques professionnels variés qu'il est indispensable d'identifier, d'évaluer et de prévenir. Voici un guide complet pour comprendre vos obligations et mettre en place un DUERP conforme dans votre officine.

1. Qu'est-ce que le DUERP et pourquoi est-il obligatoire ?

Le DUERP est un document dans lequel l'employeur consigne le résultat de l'évaluation des risques pour la santé et la sécurité de ses salariés. Il est imposé par le décret n° 2001-1016 du 5 novembre 2001, pris en application des articles L. 4121-1 à L. 4121-5 et R. 4121-1 à R. 4121-4 du Code du travail. Tout employeur occupant au moins un salarié doit établir et tenir à jour ce document, sans exception.

L'obligation de sécurité de l'employeur est une obligation de résultat : il ne suffit pas de prendre des mesures, il faut démontrer que l'on a identifié les risques et mis en place des actions de prévention adaptées. Le DUERP est la pierre angulaire de cette démarche. Sans lui, l'employeur ne peut pas prouver qu'il a rempli son obligation de prévention, ce qui l'expose à des sanctions civiles et pénales en cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle.

En pharmacie d'officine, cette obligation est d'autant plus importante que l'activité expose les salariés à des risques multiples et spécifiques. Le DUERP n'est pas un simple document administratif : c'est un outil de management de la prévention qui doit vivre au quotidien dans l'officine. Il s'inscrit dans l'ensemble des obligations documentaires du titulaire, au même titre que les affichages obligatoires en pharmacie.

2. Les risques professionnels spécifiques en pharmacie

L'officine est un lieu de travail aux risques variés, souvent sous-estimés. Le DUERP doit tous les recenser. Voici les principales catégories de risques à évaluer.

Troubles musculo-squelettiques (TMS)

Les TMS constituent la première cause de maladie professionnelle en officine. La station debout prolongée au comptoir, le port de charges lourdes lors de la réception des commandes (cartons de médicaments, bonbonnes d'eau), les gestes répétitifs liés au rangement des tiroirs et à la délivrance sollicitent fortement le dos, les épaules et les poignets. Les préparateurs affectés au robot ou aux automates de dispensation effectuent également des mouvements répétitifs qui favorisent l'apparition de tendinopathies.

Les mesures de prévention incluent l'aménagement ergonomique des postes (tapis anti-fatigue, plan de travail à bonne hauteur, sièges assis-debout), la formation aux gestes et postures, et l'organisation du travail pour alterner les tâches. La question de l'organisation du temps de travail est d'ailleurs étroitement liée à la prévention des TMS — consultez notre article sur l' amplitude horaire et le repos en pharmacie pour en savoir plus.

Risques chimiques

Les pharmacies qui réalisent des préparations magistrales ou officinales manipulent des substances chimiques potentiellement dangereuses : principes actifs sous forme de poudre, solvants, acides, bases. L'exposition peut se faire par inhalation, contact cutané ou ingestion accidentelle. Même les officines qui ne font plus de préparations sont exposées à des risques chimiques via les produits de nettoyage, les révélateurs photographiques (automates photo) ou les médicaments cytotoxiques lors du retour des traitements non utilisés.

Risques psychosociaux

Le contact permanent avec le public, la gestion de patients parfois agressifs ou en détresse, la pression liée aux objectifs commerciaux et la charge de travail en période de forte affluence génèrent un stress chronique qui peut mener à l'épuisement professionnel. Les horaires décalés (gardes, permanences) et le travail le samedi contribuent également à la fatigue et à la difficulté de concilier vie professionnelle et personnelle. Les conflits au sein de l'équipe, fréquents dans les petites structures, sont un facteur de risque psychosocial supplémentaire.

Risque de braquage et d'agression

Les pharmacies sont des cibles privilégiées pour les braquages en raison de la présence de médicaments stupéfiants et d'un fonds de caisse. Ce risque, bien réel, doit figurer dans le DUERP avec les mesures de prévention associées : vidéosurveillance, coffre-fort pour les stupéfiants, formation du personnel à la conduite à tenir en cas d'agression, mise en place d'un bouton d'alerte silencieux et soutien psychologique post-incident.

Autres risques

Le DUERP doit également recenser les risques biologiques (contact avec des patients contagieux, manipulation de tests rapides), les risques électriques (installations vétustes, automates), les risques liés aux chutes (sols glissants, escabeaux pour accéder aux rayonnages en hauteur) et les risques routiers pour les salariés effectuant des livraisons à domicile.

3. Contenu obligatoire du document unique

Le Code du travail ne prescrit pas de forme particulière pour le DUERP. Cependant, pour être conforme et exploitable, il doit contenir les éléments suivants :

  • L'identification des dangers : inventaire exhaustif des dangers présents dans chaque unité de travail (comptoir, back-office, préparatoire, réserve, zone de livraison)
  • L'analyse des risques : pour chaque danger identifié, évaluation de la probabilité d'occurrence et de la gravité des conséquences
  • La hiérarchisation des risques : classement par niveau de priorité pour orienter les actions de prévention
  • Les mesures de prévention existantes : description des dispositions déjà en place (équipements de protection, formations, procédures)
  • Le programme d'actions : plan d'actions correctives avec responsables, délais et indicateurs de suivi (obligatoire pour les entreprises d'au moins 50 salariés, recommandé pour toutes)

Le document doit être structuré par unité de travail. En officine, on distingue généralement : l'espace de vente (comptoir, libre accès), le préparatoire, la réserve et les locaux sociaux. Chaque unité fait l'objet d'une analyse distincte car les risques y diffèrent.

4. Mise à jour : quand et comment ?

Le DUERP n'est pas un document que l'on rédige une fois pour toutes. Sa mise à jour est obligatoire dans trois cas définis par l'article R. 4121-2 du Code du travail :

  • Au moins une fois par an pour les entreprises d'au moins 11 salariés. Pour les officines de moins de 11 salariés, la loi du 2 août 2021 a supprimé l'obligation de mise à jour annuelle, mais elle reste fortement recommandée
  • Lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail (rénovation de l'officine, installation d'un robot, changement de logiciel métier, réorganisation des postes)
  • Lorsqu'une information supplémentaire concernant l'évaluation d'un risque est recueillie : accident du travail, maladie professionnelle déclarée, alerte d'un salarié, nouvelle réglementation, résultat de mesure d'exposition

Concrètement, après un incident (chute, agression, exposition chimique), le titulaire doit mettre à jour le DUERP pour y intégrer l'analyse de l'événement et les mesures correctives. De même, l'embauche d'un apprenti ou d'un salarié affecté à de nouvelles tâches peut justifier une révision. Les erreurs de gestion RH sont fréquentes dans ce domaine — notre article sur les erreurs courantes en droit du travail en pharmacie détaille les pièges à éviter.

5. Sanctions en cas d'absence de DUERP

L'absence de document unique ou le défaut de mise à jour expose le titulaire à plusieurs types de sanctions :

  • Amende pénale : l'article R. 4741-1 du Code du travail prévoit une contravention de 5e classe, soit 1 500 € par salarié concerné (3 000 € en cas de récidive). Pour une officine de 6 salariés, l'amende peut donc atteindre 9 000 €
  • Mise en demeure de l'inspection du travail : l'inspecteur peut ordonner l'établissement ou la mise à jour du DUERP sous un délai déterminé
  • Faute inexcusable : en cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle, l'absence de DUERP peut conduire à la reconnaissance d'une faute inexcusable de l'employeur, avec à la clé une majoration de la rente versée à la victime et des dommages et intérêts complémentaires. La jurisprudence de la Cour de cassation est constante sur ce point
  • Sanctions civiles : le salarié victime d'un préjudice peut engager la responsabilité civile de l'employeur pour manquement à son obligation de sécurité

Au-delà des sanctions, l'absence de DUERP est un signal négatif lors d'un contrôle de l'inspection du travail ou d'une visite du médecin du travail. Elle témoigne d'un défaut de culture de prévention qui peut avoir des conséquences sur l'ensemble des relations sociales dans l'officine.

Modele DUERP pharmacie — grille pre-remplie

Téléchargez notre modèle de document unique avec les risques spécifiques à l'officine déjà identifiés. À compléter et à adapter à votre pharmacie.

Ouvrir le modèle DUERP (PDF imprimable)

6. Méthodologie d'évaluation des risques

L'évaluation des risques repose sur une démarche structurée en quatre étapes. Bien qu'aucune méthode ne soit imposée par la loi, l'utilisation d'une grille de cotation est la pratique la plus répandue et la plus efficace.

Étape 1 : Identifier les dangers

Parcourez chaque unité de travail et listez tous les dangers potentiels : produits chimiques, équipements, organisation du travail, environnement physique (bruit, éclairage, température). Appuyez-vous sur les fiches de données de sécurité (FDS) des produits manipulés, les rapports du médecin du travail, les déclarations d'accidents et les remontées des salariés.

Étape 2 : Évaluer chaque risque avec une grille de cotation

Pour chaque danger, évaluez deux paramètres sur une échelle de 1 à 4 :

  • La gravité (G) : 1 = bénin (gêne sans arrêt), 2 = moyen (arrêt de travail), 3 = grave (incapacité permanente partielle), 4 = très grave (décès ou incapacité permanente totale)
  • La probabilité (P) : 1 = très improbable, 2 = improbable mais possible, 3 = probable, 4 = très probable (exposition quotidienne)

Le niveau de risque (N) est obtenu en multipliant G par P, ce qui donne un score de 1 à 16. Les risques sont ensuite classés en trois zones : risque faible (1 à 4), risque modéré (5 à 9) et risque élevé (10 à 16). Les risques élevés appellent des mesures de prévention prioritaires.

Étape 3 : Définir les mesures de prévention

Pour chaque risque identifié, déterminez les mesures de prévention en respectant l'ordre de priorité des neuf principes généraux de prévention (article L. 4121-2 du Code du travail) : supprimer le danger, substituer ce qui est dangereux par ce qui l'est moins, mettre en place des protections collectives avant les protections individuelles, former et informer les salariés.

Étape 4 : Suivre et réévaluer

Les mesures mises en place doivent être suivies dans le temps. Vérifiez leur effectivité, mesurez leur impact et réévaluez les risques résiduels. Ce suivi continu alimente les mises à jour du DUERP.

7. Lien avec les affichages obligatoires et le CSE

Le DUERP est étroitement lié à plusieurs autres obligations de l'employeur en matière de santé et de sécurité au travail.

Affichages et information des salariés

Le DUERP doit être tenu à la disposition des salariés, des membres du CSE, du médecin du travail, de l'inspection du travail et des agents des services de prévention des organismes de sécurité sociale. Un avis indiquant les modalités d'accès au DUERP doit être affiché dans l'officine, à une place aisément accessible. Cette obligation d'affichage s'ajoute aux nombreux autres documents devant être visibles dans l'officine — retrouvez la liste complète dans notre guide sur les affichages obligatoires en pharmacie.

Rôle du CSE

Dans les officines d'au moins 11 salariés, le Comité Social et Économique (CSE) doit être consulté sur le DUERP et ses mises à jour. Les membres du CSE ont un accès de droit au document et peuvent formuler des propositions d'amélioration des conditions de travail. En l'absence de CSE (officines de moins de 11 salariés), le titulaire doit néanmoins associer les salariés à la démarche d'évaluation des risques, car leur connaissance du terrain est indispensable pour identifier les dangers réels.

Articulation avec l'entretien professionnel

L'entretien professionnel est l'occasion d'aborder les conditions de travail du salarié et d'identifier d'éventuels risques non détectés. Les remontées issues de ces entretiens peuvent alimenter la mise à jour du DUERP. Pour en savoir plus sur cette obligation complémentaire, consultez notre article sur l' entretien professionnel en pharmacie.

8. Conservation et archivage : 40 ans depuis mars 2022

La loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, entrée en vigueur le 31 mars 2022, a profondément modifié les règles de conservation du DUERP. Désormais, l'employeur doit conserver les versions successives du document unique pendant une durée de 40 ans à compter de leur élaboration.

Cette durée exceptionnelle s'explique par la nécessité de tracer l'exposition des salariés aux risques professionnels sur l'ensemble de leur carrière. Un salarié qui développe une maladie professionnelle 20 ou 30 ans après son exposition (cancers professionnels, maladies liées à l'amiante) doit pouvoir retrouver les évaluations de risques réalisées à l'époque de son emploi. Le DUERP devient ainsi un élément de preuve essentiel tant pour le salarié que pour l'employeur.

Modalités pratiques de conservation

Le DUERP et ses mises à jour doivent être déposés sur un portail numérique dématérialisé géré par les organisations patronales. Cette obligation de dépôt dématérialisé s'applique depuis le 1er juillet 2023 pour les entreprises d'au moins 150 salariés, et sera étendue à toutes les entreprises à compter du 1er juillet 2026. En attendant, les officines doivent conserver les versions successives du DUERP en interne, sous format papier ou numérique.

En pratique, il est recommandé de conserver une version PDF datée et signée de chaque mise à jour, stockée dans un espace sécurisé (serveur, cloud professionnel). Chaque version doit être clairement identifiée par sa date de réalisation ou de révision. La conservation rigoureuse du DUERP rejoint les bonnes pratiques d'archivage des documents RH — un sujet sur lequel des erreurs fréquentes sont commises, comme le rappelle notre article sur les erreurs en droit du travail en pharmacie.

En résumé

Le DUERP est bien plus qu'une formalité administrative : c'est un outil central de la prévention des risques en pharmacie d'officine. En identifiant les dangers propres à votre activité, en évaluant leur niveau de risque et en mettant en place des actions concrètes, vous protégez vos salariés tout en sécurisant votre responsabilité d'employeur. Prenez le temps de le rédiger sérieusement, de l'actualiser régulièrement et de le partager avec votre équipe. La prévention n'est pas un coût, c'est un investissement dans la qualité de vie au travail et la pérennité de votre officine.

Questions fréquentes

Le DUERP est-il obligatoire en pharmacie d'officine ?

Oui, le DUERP est obligatoire pour toute pharmacie employant au moins un salarié, en application du décret n° 2001-1016 du 5 novembre 2001. L'absence de document unique expose le titulaire à une amende de 1 500 euros par salarié concerné et, en cas d'accident du travail, à la reconnaissance d'une faute inexcusable de l'employeur.

Qui rédige le DUERP en pharmacie d'officine ?

C'est le titulaire de l'officine, en tant qu'employeur, qui est responsable de la rédaction du DUERP. Il peut se faire accompagner par le médecin du travail, un consultant en prévention des risques ou un organisme spécialisé. Il est fortement recommandé d'associer les salariés à la démarche, car leur connaissance du terrain est indispensable pour identifier les dangers réels.

À quelle fréquence mettre à jour le DUERP en pharmacie ?

Pour les officines de 11 salariés et plus, la mise à jour est obligatoire au moins une fois par an. Pour celles de moins de 11 salariés, la mise à jour annuelle n'est plus obligatoire depuis la loi du 2 août 2021, mais elle reste fortement recommandée. Le DUERP doit dans tous les cas être actualisé après tout aménagement important ou tout incident affectant la sécurité.

Combien de temps conserver le DUERP en pharmacie ?

Depuis la loi du 2 août 2021, les versions successives du DUERP doivent être conservées pendant 40 ans à compter de leur élaboration. Cette durée exceptionnelle permet de tracer l'exposition des salariés aux risques professionnels sur l'ensemble de leur carrière, notamment en cas de maladie professionnelle à effet différé.

Questions fréquentes

Les questions que les pharmaciens nous posent le plus sur ce sujet.

Oui, le DUERP est obligatoire pour toute pharmacie employant au moins un salarié, en application du décret n° 2001-1016 du 5 novembre 2001. L'absence de document unique expose le titulaire à une amende de 1 500 euros par salarié concerné et, en cas d'accident du travail, à la reconnaissance d'une faute inexcusable de l'employeur.

C'est le titulaire de l'officine, en tant qu'employeur, qui est responsable de la rédaction du DUERP. Il peut se faire accompagner par le médecin du travail, un consultant en prévention des risques ou un organisme spécialisé. Il est fortement recommandé d'associer les salariés à la démarche, car leur connaissance du terrain est indispensable pour identifier les dangers réels.

Pour les officines de 11 salariés et plus, la mise à jour est obligatoire au moins une fois par an. Pour celles de moins de 11 salariés, la mise à jour annuelle n'est plus obligatoire depuis la loi du 2 août 2021, mais elle reste fortement recommandée. Dans tous les cas, le DUERP doit être actualisé après tout aménagement important ou tout incident affectant la sécurité.

Depuis la loi du 2 août 2021, les versions successives du DUERP doivent être conservées pendant 40 ans à compter de leur élaboration. Cette durée exceptionnelle permet de tracer l'exposition des salariés aux risques professionnels sur l'ensemble de leur carrière, notamment en cas de maladie professionnelle à effet différé.

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